Cahier 05 NUMERIQUE - Le dialogue islamo-chrétien
ll faut le reconnaître, les relations entre christianisme et islam sont souvent envisagées sous l’angle de l’inquiétude. Cette inquiétude est d’abord sociale : il semble que l’islam ressuscite des questions qu’on croyait avoir évacuées. Il vient remettre sur le devant de la scène la question religieuse et de sa place dans l’espace public, au grand dam d’un laïcisme qui se prend pour la laïcité. Et les musulmans, souvent surpris des réactions, vivent avec l’idée que nos sociétés occidentales sont a-religieuses, athées, voire apostates, manquant une question essentielle à la vie. Cette inquiétude pose des questions qui doivent, certes, être prises au sérieux. Mais elles font aussi courir le risque de prendre en otage le dialogue islamo-chrétien.
Si l’on n’y prend pas garde, les questions d’ordre public, qui relèvent d’abord de l’État, peuvent absorber toutes les énergies et réduire le dialogue interreligieux à n’être plus qu’une simple occasion de prendre des photos symboliques ou à échanger des propos policés.
S’il y a un dialogue islamo-chrétien, c’est d’abord parce que ces deux confessions de foi sont trop proches pour n’avoir pas beaucoup à échanger.
La racine de ce dialogue, comme de tout dialogue, est une expérience d’amitié et d’intériorité, fondée sur ce que Jean-Paul II rappelait : « C’est pourquoi il n’y a qu’un seul dessein divin pour tout être humain qui vient en ce monde (cf. Jn 1, 9), un principe et une fin uniques, quels que soient la couleur de sa peau, l’horizon historique et géographique dans lequel il vit et agit, la culture dans laquelle il a grandi et dans laquelle il s’exprime. Les différences sont un élément moins important par rapport à l’unité qui, au contraire, est radicale, fondamentale et déterminante ».
Et, plus spécifiquement, il disait aux jeunes musulmans rassemblés à Casablanca : « Chrétiens et musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes. (…) Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection ». Et, dans cette « leçon de choses » que fut ce rassemblement inédit d’un pape parlant à des jeunes musulmans, Jean-Paul II leur livrait son intention profonde, jaillit de sa foi chrétienne : « C’est donc vers Dieu que va ma pensée et que s’élève mon cœur : c’est de Dieu même que je désire avant tout vous parler; de Lui, parce que c’est en Lui que nous croyons, vous musulmans et nous catholiques, et vous parler aussi des valeurs humaines qui ont en Dieu leur fondement ».
C’est donc d’une fascination pour le mystère de Dieu que jaillissent les deux confessions de foi et c’est de cette même fascination que peut jaillir leur dialogue. Colette Hamza va nous en décrire les routes et, comme en contrepoint, Abdessalam Souiki va nous en décrire les chemins du point de vue de sa propre foi musulmane. Au-delà des inquiétudes actuelles et des nécessités de l’ordre public, ce dialogue engage ce que nous avons, chrétiens et musulmans, de plus cher et de plus intime. Nous avons tant à nous dire ! Bonne lecture.
Xavier Manzano
Directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée