Cahier 03 PAPIER - Le dialogue judéo-chrétien
Les rapports entre judaïsme et christianisme semblent inédits dans l’histoire des religions. Ces deux confessions sont trop proches pour ne pas vivre une relation de fraternité, avec tout ce que cela suppose de convergences et de difficultés :
les relations fraternelles ne sont jamais simples ! Et il aura fallu bien des siècles et bien des mécomptes pour que l’Église, après le terrible drame de la Shoah, à la faveur aussi de contacts amorcés depuis plusieurs décennies, choisisse « en scrutant son propre mystère » de reconnaître cette fraternité et d’en développer toutes les conséquences mystiques et théologiques.
Cette reconnaissance, dont la borne milliaire est le paragraphe 4 de la déclaration conciliaire Nostra ætate (28 octobre 1965), n’en est probablement qu’à ses débuts, tant la théologie de la substitution continue de traîner dans les esprits chrétiens : une insistance trop unilatérale sur la nouveauté chrétienne peut encore entraîner des propos et des réflexes qu’un Marcion, théoricien au IIe siècle d’une rupture totale avec les racines juives du christianisme, n’aurait pas dédaignés.
C’est pourtant rendre le christianisme, ouverture de l’Alliance à tous les peuples, totalement opaque à lui-même. L’ignorance dont certains courants du judaïsme actuel croient pouvoir envelopper le christianisme n’est sans doute pas plus juste : tout simplement parce que ce judaïsme est l’héritier de courants spirituels et théologiques qui se sont développés, après le traumatisme de la destruction du Second Temple en70, en interaction constante avec le christianisme.
Bref, pour les juifs comme pour les chrétiens, et notamment dans leurs rapports mutuels, le Christ juif, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Daniel Boyarin, demeure une question majeure indispensable.
Le martyre d’Edith Stein, partant avec sa sœur en déportation Auschwitz « pour notre peuple » le 6 août 1942, nous dit la profondeur immense de cette relation dont le Christ est le centre : c’est par fidélité au sang juif qui est celui du Christ qu’une chrétienne juive est partie à la mort « avec son peuple »